Avortement : questions – réponses

Réponses aux arguments les plus courants

Alors qu’une majorité de partis politiques veulent inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution, il est important que les chrétiens forment leur conscience et puissent répondre aux arguments fallacieux qui sont souvent présentés dans ce débat. Attention toutefois : les réponses que nous proposons ici sont très brèves par souci de concision. Dans les discussions en privé et les débats publics, il est par contre important de faire preuve d’écoute, de bienveillance, d’empathie… faute de quoi on risque de durcir les positions sans convaincre.

1. Le fœtus n’est qu’un amas de cellules. L’embryon et le fœtus ne sont pas des êtres humains tant qu’il n’y a pas d’activité cérébrale, tant qu’ils ne sentent pas de douleur…

Réponse : D’un point de vue scientifique, il y a un nouvel être humain individuel dès le moment de la conception : il a un bagage génétique unique, celui d’un être humain (il ne serai jamais un autre humain ni animal…), et le processus de la vie est engagé de façon irréversible. Il s’agit donc d’un être humain dès le moment de la conception. On constate aussi de plus en plus que l’inconscient de l’enfant garde des traces de certaines expériences qui remontent aux premières semaines de la vie intra-utérine, ce qui ne pourrait pas être le cas s’il ne s’agissait que d’un amas de cellules.

Par ailleurs, pourquoi tant de femmes souffrent de malaises psychologiques des années après l’avortement ? Cela n’arrive pas lorsqu’on leur enlève l’appendice ou un autre amas de cellules. Mais cela arrive dans le cas de l’avortement : c’est leur inconscient qui parle et qui ne trompe pas…

2. L’embryon n’est pas humain tant qu’il ne possède pas d’activité électrique cérébrale. Une personne humaine est un être doué d’intelligence, de sensibilité…

Chez l’être humain, le cerveau n’arrive à pleine maturité qu’à l’âge de 6 ans, l’âge de la raison. Si le critère pour respecter la personne était la pleine maturité cérébrale, alors on pourrait éliminer les enfants jusqu’à l’âge de six ans.

3. Le fœtus n’a pas d’intelligence, pas de volonté, il n’y a pas d’âme et n’est donc pas de personne.

Réponse : la personne qui se trouve dans un coma irréversible ne peut pas davantage faire usage de son intelligence ni de sa volonté. Elle n’exprime aucune activité rationnelle, elle ne prend aucune décision. Il s’agit pourtant d’une personne humaine, mais dans l’impossibilité d’exercer certaines capacités humaines. Il en est de même pour l’embryon.

4. La femme a le droit de disposer de son corps, son ventre lui appartient.

Réponse : Il est vrai que l’être humain a certains droits sur son propre corps, par exemple en ce qui concerne le don d’organes. Toutefois, ce droit n’est pas absolu : je n’ai pas le droit de me jeter devant un train, car cela ferait du tort à d’autres…

L’embryon ou le fœtus est, dès le moment de la conception, un autre corps, celui d’un être humain distinct de la mère. Cet individu possède un patrimoine génétique propre et des caractéristiques qui font de lui un être humain à part entière et original. Le premier droit de cet être est le droit à la vie. C’est pourquoi c’est un non-sens d’affirmer un « droit à l’avortement » : comment pourrait-il y avoir un droit à priver des êtres humains innocents de leur droit le plus fondamental, et, de ce fait, de tous leurs autres droits ?

5. Même si l’avortement est un mal, on devrait laisser à chaque femme le libre choix

Réponse : Le fait est que de nombreuses femmes subissent aujourd’hui des pressions ou des influences pour se faire avorter, et nombreuses sont celles qui ne résistent pas. D’autre part, la liberté est souvent amoindrie par le fait qu’une femme avec une grossesse se trouve face à d’innombrables questions et soucis. Pour faire un choix libre et délibéré, elle a besoin d’aide, de soutien, de personnes qui l’aident à trouver des solutions face à des soucis concrets. Or, dans les régions où l’avortement est autorisé, c’est souvent ce qui manque, et ce manque ne lui permet pas de choisir en toute liberté. Par contre, dans les pays et les régions où en propose aux femmes une aide adéquate, le nombre d’avortements diminue considérablement.

6. L’avortement se justifie en cas de danger pour la santé psychique ou physique de la mère.

Il est vrai que, dans certaines situations relativement rares, la grossesse peut constituer un grave danger pour la mère. Dans ces cas, le devoir de la médecine est d’essayer de sauver la mère et l’enfant. Si cela n’est pas possible, s’ils ne peuvent sauver que l’un des deux, ils ne sont pas responsables de la mort de l’autre, ne l’ayant pas provoquée.

A côté de ces cas rares, remarquons qu’il est beaucoup plus fréquent que l’avortement entraîne des conséquences très graves pour la santé physique et psychique de la mère, même s’il est pratiqué « dans les meilleures conditions ».

7. Un enfant doit être désiré par ses parents, être l’objet d’un projet parental. Il ne peut être considéré comme humain dans la mesure ou les parents, la famille, la société l’accepte…

Est-ce qu’on dirait la même chose pour un enfant d’un an, de trois ans, de six ans… ? Et si tout à coup, les parents n’ont plus de projet pour leur enfant de 10 ans, est-ce qu’on a le droit de le tuer ? Sinon, pourquoi faire une discrimination entre l’enfant déjà né et celui qui est à naître ? N’est-ce pas contraire au principe d’égalité des chances ?

8. L’avortement est une exigence du progrès.

Si on considère comme un progrès le fait de pouvoir tuer des êtres humains innocents, alors l’avenir des droits humains et de notre civilisation est gravement en danger. Au contraire, ce dernier siècle, un meilleur respect des droits humains est considéré comme un véritable progrès. L’avortement va dans le sens contraire : ce n’est donc pas un progrès, mais une régression de l’humanité.

9. L’avortement est un acte médical comme un autre

Réponse : la médecine est, au sens large, au service de la santé. Un acte médical est un acte qui vise à préserver ou à améliorer l’état de la santé d’une personne, ou, quand c’est impossible, à soulager la souffrance. Mais en aucun cas ne peut-on considérer le fait de tuer comme un acte médical. Le fait que cela se fait souvent aujourd’hui montre tout simplement la capacité de notre société à manipuler les individus par des mensonges et des contre-vérités. Mais on ne change pas la nature d’un acte en lui donnant une autre étiquette.

A ce sujet, il est intéressant de mentionner qu’en Australie, certains intellectuels parlent d’un « avortement post-natal » (« after birth abortion ») pour justifier le meurtre d’enfants en bas-âge qui ne sont pas (ou plus) « voulus » par leurs parents… Ce n’est qu’un autre exemple de la même stratégie : on donne un autre nom à un crime, et on fait comme si cela changeait la nature de l’acte. C’est ainsi qu’on trompe l’opinion publique.

Le seul cas qui où on peut parler d’un acte médical est celui ou la vie de la mère est en danger et que la médecine ne voit plus d’autre solution pour la sauver. Mais dans ce cas, la mort de l’enfant n’est pas directement voulue, mais il s’agit d’un effet secondaire d’un acte médical qui vise à sauvegarder la santé de la mère.

10. Dans un pays démocratique, ce sont les élus qui représentent le peuple et qui décident du droit ; il faut accepter les lois qui ont été votées par la majorité.

Réponse : La notion de démocratie implique d’abord le respect des droits humains fondamentaux, dont le droit à la vie. Sans quoi, certains peuvent manipuler l’opinion publique et la majorité parlementaire qui pourra décider du non-respect des principes démocratiques. Autrement dit : une conception de la démocratie qui ne respecte pas les droits humains fondamentaux est tout simplement destructrice pour la démocratie.

Il y avait un temps où, aux États-Unis, la majorité politique autorisait l’esclavage. Après l’abolition de celui-ci, les lois racistes (toujours votés par une majorité) ont continué à opprimer les afro-américains. Actuellement, les lois votées par la majorité élue en Russie autorisent la guerre en Ukraine et opprime l’information objective sur ce sujet. Toutes ces abominations doivent-elles être acceptées parce qu’approuvées par une majorité ? Non, car elles sont contraires au respect des droits humains et donc au principe démocratique le plus fondamental. Il est donc antidémocratique d’établir une catégorie de citoyens qui n’ont pas la même dignité que les autres et qu’on peut dès-lors éliminer.

11. L’avortement est un fait de société, il vaut mieux l’autoriser pour faire en sorte qu’il se passe dans de bonnes conditions, et surtout éviter les avortements clandestins

Dans une démocratie, le rôle du législateur n’est pas d’approuver sans discernement des faits de société. L’excision, l’esclavage, et beaucoup d’autres pratiques sont encore des faits de société dans de nombreux pays. Faut-il dès lors les autoriser pour qu’elles se passent dans de bonnes conditions ? Non, car le devoir du législateur est de garantir les droits de chacun, en particulier des plus faibles.

Par ailleurs, la meilleure manière de combattre les avortements clandestins est de venir en aide aux femmes concernées, de les écouter, de réfléchir avec elles aux solutions qui existent. C’est ce qui se faisait en Irlande avant la libéralisation de l’avortement, avec beaucoup de succès. Mais en amont, il faut surtout une meilleure éducation des jeunes dans le domaine de la vie affective. Une vision de l’amour qui ne regarde pas le corps humain comme un objet de plaisir, qui considère que la place de la sexualité est dans une relation stable, exclusive, pour toute la vie, (ce qu’on appelle mariage), qui comprend que l’enfant est un don et non pas un objet à désirer ou à rejeter… Tout ce que l’Église enseigne depuis les siècles.

12. Dans les pays où l’avortement n’est pas légalisé, les riches peuvent aller se faire avorter à l’étranger, tandis que les pauvres ne peuvent pas se le permettre.

Réponse : le crime est toujours davantage à la portée du riche. Le devoir de l’État est de lutter contre la pauvreté, non pas contre la vie. Devrait-on autoriser la pédophilie parce que les riches peuvent voyager dans des pays lointains pour assouvir leurs passions perverses ?

13. Il faut admettre l’avortement en cas de grave malformation de l’enfant ; un enfant gravement handicapé sera malheureux et un poids pour les parents.

La dignité d’une vie ne se mesure pas à l’état de santé, et les parents d’enfants handicapés en témoignent souvent. Même s’ils sont bouleversés d’apprendre que leur enfant sera handicapé, cette épreuve est souvent pour eux l’occasion d’un cheminement et d’une découverte profonde de la vraie valeur de la vie, que notre société, avec ses réflexes discriminatoires, ignore souvent. Par ailleurs, quelle instance est apte à fixer les critères d’une vie heureuse ou d’une viedigne d’être vécue ? Une société qui élimine les handicapés est une société handicapée : elle devient chaque fois plus sourde et aveugle face à la véritable dignité de la personne humaine.

Par ailleurs, si aujourd’hui on accepte d’éliminer les handicapés avant la naissance, qu’est-ce qui empêche que dans un avenir plus ou moins proche, on s’attaquera à ceux qui sont déjà nés ? On se rapproche dangereusement des pratiques eugéniques du 3e Reich…

14. L’avortement est légitime en cas de viol ; on ne peut pas faire porter à une femme les conséquences d’un crime aussi horrible.

Réponse : un viol est un crime odieux, qui doit être très sévèrement puni. Pour la victime, c’est aussi un traumatisme qui laisse des traces à long terme. Mais c’est aussi le cas de l’avortement : de plus en plus de femmes en témoignent : dans certains cas, l’avortement laisse de traces plus graves que le viol. Peut-on remédier à un drame en y ajoutant un autre drame, l’élimination d’un être humain innocent ? Par ailleurs, il faut savoir que les grossesses découlant d’un viol sont très rares (0,36% des cas d’avortement en Belgique, en 2009). On peut comprendre aussi qu’une femme ne souhaite pas garder cet enfant. Mais le pouvoir politique ne devrait-il pas alors faciliter les solutions d’adoption, plutôt que la mort d’un innocent ? Et face aux injustices que constituent les viols, s’attaquer à la racine du problème – et notamment la vision consumériste de la sexualité – plutôt qu’aux innocents ?

15. Dans une société pluraliste et un état laïc, une religion ne doit pas imposer ses convictions et sa morale à tous

Réponse : le droit à la vie est un droit humain, à la base de tous les autres droits, et reconnu par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (10-12-48), dans son Article 3 : « Toutindividu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ». Ce n’est pas un point de vue religieux, mais une exigence de la démocratie.

Le fait que des chrétiens s’opposent à la peine de mort et la torture ne doit pas être un argument pour légitimer ces pratiques ou au nom de la laïcité ou de la neutralité. De même, le fait que les chrétiens prennent la défense de la vie à naître ne signifie pas que cela relève uniquement de la morale chrétienne. C’est pour cela qu’on parle, à juste titre, de la Déclaration Universelle des Droits humains.