Pardon et Réconciliation

Une mission difficile mais indispensable

L’importance du pardon et de la réconciliation dans toute communauté chrétienne

Tout chrétien sait à quel point le pardon et la réconciliation sont importantes aux yeux de Jésus : de nombreux passages du Nouveau Testament en parlent, la Tradition de l’Église, les témoignages des saints et des martyrs le rappellent à toutes les époques… Et pourtant, on constate que notre Église et nos communautés chrétiennes souffrent de divisions à tous les niveaux. Il n’est pas question ici des divergences sur le plan doctrinal, ni des différentes manières de célébrer et d’exprimer notre foi. Ce qui est bien plus préoccupant, ce sont ces blessures qui font qu’à l’intérieur de nos communautés, de nos paroisses et mêmes des familles, des chrétiens ne se parlent plus, ou ne veulent plus se voir, à cause de telle dispute ou blessure. Tout en sachant que ce n’est pas ce que le Christ a voulu, on continue à vivre comme s’il n’y avait rien à y faire. Pourquoi ?

Le poids psychologique de la blessure y est sans doute pour quelque chose. C’est bien compréhensible dans les cas de violences subies, des crimes causant des traumatismes dont, la plupart du temps, une personne ne peut se débarrasser sans aide psychologique. Dans ces cas-là, il y a souvent un long chemin à faire avant qu’on ne puisse parler de pardon. Mais ce n’est pas le genre de problème qui nous occupe ici. Ce qui est bien plus fréquent dans nos communautés et familles chrétiennes, ce sont des problèmes d’ordre relationnel qui peuvent empoisonner la vie si on ne les traite pas à temps.

Il n’est pas rare d’entendre des paroles de ce genre : « Je voudrais bien pardonner, mais je n’y arrive pas ». Mais à côté de cet aveu d’impuissance, il y aussi des personnes qui ne veulent pas pardonner, pour la simple raison qu’ils estiment avoir raison et que tous les torts sont de l’autre côté. À ceux-ci, il faudrait peut-être d’abord recommander quelques passages de l’Évangile à méditer.

– Matthieu 5,23-24 : Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande.

– Matthieu 6,14-15 : En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes.

– Matthieu 7,3 : Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil?

Faut-il le rappeler, le chrétien n’est pas celui qui adhère formellement à quelques éléments de doctrine ou à certaines traditions, mais celui qui s’efforce de mettre en pratique l’enseignement du Christ, sans exception. Ceux qui se disent chrétiens sans prendre au sérieux les paroles de Jésus, quel témoignage donnent-t-ils ?

Ceci dit, que peut-on recommander à ceux qui veulent pardonner, faire un pas vers l’autre, et n’y arrivent pas ? La liste ci-dessous n’est sans doute pas exhaustive, mais certains points peuvent peut-être aider.

1.  D’abord, comme dans toutes les situations qui nous rappellent nos faiblesses, la première chose à faire est de demander la grâce de Dieu, la force de l’Esprit Saint, dans la prière quotidienne.

2.  Nourrir notre âme de la parole de Dieu, en commençant par l’exemple du Christ. Souvenons-nous que Jésus, du haut de sa croix, a prié ainsi : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Luc 23,24). Plus que des mots, c’est un mystère à méditer longuement…

3.  Faire notre propre examen de conscience quotidien, et demander à l’Esprit Saint de nous éclairer sur nos propres péchés. L’image de la paille et de la poutre vaut aussi pour chacun de nous… Et n’oublions pas que le sacrement du pardon, s’il est bien vécu, est un moyen puissant pour nous laisser purifier par l’amour de Dieu, pour mieux nous connaître nous-mêmes et grandir dans notre capacité de pardonner aux autres.

4.  Enfin, il y a un fait trop peu connu qui relève de la psychologie et dont on parle trop peu : la réalité des « faux souvenirs », des souvenirs que notre mémoire a inventés ou transformés quelques secondes après l’événement. Il arrive que quelqu’un dit une chose, et la personne qui l’entend est sûre d’avoir entendu autre chose. Impossible de la convaincre du contraire ! Pourtant, des études ont montré que le cerveau humain transforme parfois des souvenirs et enregistre autre chose que ce que nos sens ont perçu. Nous devons donc toujours être prudents lorsque nous attribuons telle parole à quelqu’un, alors que cette personne nie avoir dit cela. Mieux vaut alors reconnaître que notre mémoire nous trompe, et faire confiance dans la bonne foi d’autrui.

5.  Ceci nous ramène à une autre vertu qui est toujours à cultiver : l’humilité. Celui qui croit toujours avoir raison, qui est « sûr de ce qu’il a vu ou entendu » au point de ne pas vouloir entendre une autre version des faits, celui qui prétend ne rien avoir à apprendre ni à se faire pardonner… ne fait-il pas preuve de fermeture d’esprit et d’égocentrisme ? L’humilité, en revanche, offre un chemin vers la sagesse et l’enrichissement personnel. En reconnaissant que nous sommes tous sujets à l’erreur et à l’ignorance, nous ouvrons notre esprit à la possibilité d’apprendre, de grandir et de progresser sur le chemin de la sainteté, pourvu que nous ne comptions pas sur nos propres forces, mais sur la grâce de l’Esprit Saint.

L’humilité nous encourage à nous remettre en question, à apprendre de nos échecs et à embrasser l’idée que le chemin de la perfection évangélique est un voyage qui continue jusqu’à notre dernier souffle ! Cette prise de conscience nous rend plus compatissants envers nous-mêmes et les autres, car nous comprenons que personne n’est exempt de fautes ou de défauts.

En cultivant l’humilité, nous devenons également plus ouverts à demander pardon lorsque nous avons blessé ou causé du tort à autrui. Reconnaître nos erreurs et assumer la responsabilité de nos actions est un signe de force morale et de maturité. Cela renforce également les liens avec ceux qui nous entourent, car cela montre notre respect pour leur dignité et leurs sentiments. En somme, l’humilité est une vertu essentielle à cultiver dans notre quête de développement personnel et d’harmonie avec les autres. Elle nous guide vers une meilleure compréhension du monde, nous aide à grandir en tant qu’individus et nous ouvre à des relations plus enrichissantes et profondes avec notre entourage. Pour terminer cette brève réflexion, voici encore une parole du Christ qui peut nous aider :

 Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. (Matthieu 11,29)

Il y a des années, un chrétien se fit battre par un fanatique. Exaspéré, ce dernier lui lança : « Mais enfin, dit quelque chose ! ». Le chrétien répondit : « Si ton devoir de fanatique est de me battre, mon devoir de chrétien est de te pardonner ».
Trois ans plus tard, après un long catéchuménat, l’ex fanatique reçut le baptême.